Ports de commerce

Chargement de vrac au port pour transport par camionnage

Crédit photo : Simon Cohen

Embellie sur les trafics

Dans le sillage de la reprise économique mondiale en 2017, la croissance du commerce maritime se confirme en 2018. En Bretagne, l’activité du port de commerce de Brest progresse nettement. Le terminal ferries de Roscoff-Bloscon enregistre une hausse du trafic passagers et du fret ferries.

A l’exception de Saint-Malo (- 6 %), Cherbourg (- 8 %) et Le Légué (Saint-Brieuc ; – 10 %), tous les ports de commerce de la façade nord-ouest affichent des résultats à la hausse : + 16 % à Brest, + 12,5 % à La Rochelle, + 7 % à Nantes Saint-Nazaire, + 7 % à Lorient, + 0,2 % à Roscoff.

Progression des matières premières agricoles à Brest

En enregistrant un trafic global de 2 792 116 t, le port du Ponant a réussi une belle performance, avec une hausse de 16,3 %. Elle doit aussi ce résultat aux chantiers de développement du port et du terminal EMR1 qui ont nécessité l’importation exceptionnelle de 205 006 t de sables et de matériaux. Mais hors chantiers, la progression est de 6,7 %. Après une année 2017 difficile, la tendance générale de croissance du port se confirme donc.

La hausse de trafic est portée par une nette progression des vracs solides pour l’alimentation du bétail (+ 12,2 %), avec en particulier une augmentation de 19 % des importations de graines de soja. Destinées à l’usine Bunge, ces entrées avaient été impactées par un arrêt technique de l’usine de trituration. Le volume d’activité du terminal a également été touché par le développement de l’acheminement des graines de colza par camion. Dans un contexte de prix élevés, les entrées de tourteaux de tournesol reculent à 34 295 t (- 48 %), tandis que les importations de tourteaux de colza progressent à 44 698 t (+ 17,6 %). L’exportation d’huiles végétales produites par l’usine résiste bien (+ 1,3 %), tandis que les importations de Viprotal2 et d’huile de palme progressent ensemble de 5 %.

Les importations d’hydrocarbures (746 797 t), 2e poste de trafic du port, affichent une hausse (+ 9,9 %) malgré une moindre consommation de produits raffinés3, dans le département comme au niveau national. L’explication tient surtout à une réorganisation logistique vers les installations du port brestois. Le trafic de gaz connaît la même tendance, avec une hausse de 19 % à 43 274 t. Du gaz liquide qui vient essentiellement des grands terminaux méthaniers d’Europe comme La Corogne, Immimgham, Rotterdam ou Teesside. Les entrées de biocarburants EMHV4 progressent également (31 498 t, soit + 21,2 %).
Les vracs solides non agroalimentaires affichent une forte hausse (+ 50,1 %), totalisant 686 189 t, essentiellement liée aux sables et matériaux destinés au polder. Hors chantier portuaire, ce poste réalise 484 223 t, progressant ainsi de 5,9 %. Les sables destinés au BTP de la région diminuent de 8 000 t (- 4 %). Cela représente environ une livraison de moins que l’année précédente. Signe néanmoins que la filière du BTP se porte bien, les importations de ciment, en provenance d’Allemagne, ont sensiblement progressé (+ 9,8 %). Dans le même temps, les entrées de pierre ponce augmentent de 24 % (12 734 t) ; une hausse conjoncturelle liée à la demande d’un utilisateur dans un département voisin. Enfin, les ferrailles, à l’export vers l’Espagne ou Dunkerque, poursuivent leur forte croissance (+ 11,5 %).

1 EMR : Energies Marines Renouvelables
2 Viprotal : vinasse de betterave, utilisée comme liant pour granulés d’alimentation du bétail.
3 Gazole, essence sans-plomb, fuel domestique.
4 EMHV : les Esters Méthyliques d’Huiles Végétales sont destinés à être incorporés, notamment au gazole.

 

Recul des conteneurs

Le trafic des marchandises diverses accuse une baisse de 1,6 %, à 408 597 t. La majeure partie de ce trafic est aujourd’hui conteneurisée. Les conteneurs pèsent 360 109 t, perdant ainsi 3 % en tonnage. En nombre, le trafic conteneurisé recule de 4,6 %, à 43 593 EVP. La poudre de lait, les grumes et les pommes de terre enregistrent une progression quand les viandes congelées reculent sensiblement.

L’essentiel de ce trafic se fait à l’export (80 %). Il concerne d’abord les volailles et viandes congelées (45 %), poste historique qui avait permis d’engager la conteneurisation du port à la fin des années 1990. Ce poste est aujourd’hui en retrait, du fait de l’arrêt de Tilly-Sabco en 2017 et des difficultés de l’entreprise Doux reprise en 2018. Vient ensuite le lait en poudre (10 %), boosté par la production de l’usine du groupe chinois Synutra5 à Carhaix. Les 45 % restant se répartissent entre le bois, des machines (générateurs), d’autres viandes transformées et congelées (bœuf, porc,…), des produits secs d’alimentation.

Manutention de conteneur sur la plateforme du port de commerce de Brest.

Crédit photo : Simon Cohen

Les importations représentent 20 % du trafic conteneurs. Elles concernent pour l’essentiel des composants pour l’agroalimentaire et des biens d’équipement. En 2018, le port de Brest a accueilli la première escale du service de MSC6 qui relie l’Espagne à Anvers. Le port du Ponant est désormais touché à la montée, après Nantes Saint-Nazaire, et avant Le Havre. Ce nouveau service offre aux chargeurs bretons des connexions avec le port normand, mais aussi avec Anvers pour des expéditions sur les cinq continents.

Dans les marchandises conventionnelles, les trafics non conteneurisés augmentent de 13 %, à 35 526 t. Ils comprennent notamment des éléments pour les éoliennes, des profils acier, du roulier et de la terre. Enfin, les pommes de terre expédiées par palettes ont connu un regain d’activité, en hausse de 3 % à 12 963 t.

5 Le groupe Synutra se revendique comme le 3e acteur du marché des aliments nutritionnels maternels et infantiles en Chine. L’usine est dimensionnée pour fabriquer 100 000 tonnes de poudres de lait.

6 MSC : La Mediterranean Shipping Company (MSC) est un armateur de porte-conteneurs et de navires de croisières italo-suisse.

Évolution du trafic du port de commerce de Brest

201620172018Évolution 18/17
Total matières premières agroalimentaires (t)1 037 798780 903876 311 + 12,2%
  dont graines de soja (t)768 866538 833640 95219%
  dont tourteaux de soja (t)2 024015 105100%
  dont tourteaux de colza (t)66 84238 00444 698+ 17,6 %
  dont huiles soja et colza (t)91 52774 30675 271+ 1,3%
Total vracs solides non agroalimentaires (t)392   449457 141686 189+ 50,1 %
  dont sable (t) (hors chantier portuaire)226 391210 101201 966–   3,9 %
  dont ciment (t)31 92570 05876 935+ 9,8 %
  dont ferrailles (t)123 759166 733185 873+ 11,5 %
Total marchandises diverses (t)386 067415 133408 597–  1,6 %
  dont volailles et viandes congelées (t)157 888144 263123 922– 14,1 %
  dont poudre de lait (t)16 15235 58338 724+ 8,8 %
  dont grumes (t)36 34313 25934 677+ 161,5 %
Total vrac liquide – Énergie (t)819 234746    797821 018+ 9,9 %
TOTAL GENERAL (t)2 635 4032 399 9742 792 116+ 16,3 %
Nombre de conteneurs (en EVP*)42 54745 69543 593–  4,6 %
Nombre de passagers paquebots croisière6 86211 85516 172+ 36,4 %

Source : CCIMBO – Données au 31 décembre 2018
*EVP : équivalent vingt pieds, unité de mesure des conteneurs.

Enfin, si cette année encore le nombre d’escales paquebots croisière est resté stable (14), l’augmentation de la taille des navires a permis une progression du nombre de croisiéristes accueillis à Brest (16 172 passagers, contre 11 855 en 2017), à laquelle s’ajoute celui des membres d’équipage (8 061, + 36 %). Cinq navires sont venus pour la première fois, dont l’Europa 2, de la compagnie allemande Hapag-Lloyd, construit aux Chantiers de l’Atlantique à St Nazaire, considéré comme le paquebot le plus luxueux au monde. La clientèle américaine reste prépondérante (63 %), suivie par les passagers allemands (22 %), puis anglais (15 %). Le panier moyen d’un croisiériste à terre étant estimé à 90 €, les retombées sont évaluées à un peu plus de 1 M€ pour le territoire, excursions comprises (1/3 des passagers).

Davantage de passagers sur Roscoff

Après deux années de léger repli sur le trafic passagers, le terminal ferries du Bloscon enregistre une hausse de 5,9 % à 547 788 passagers, transportés par 423 ferries, contre 517 148 passagers l’année précédente, via 397 navires. Les échanges avec Plymouth représentent à eux seuls 67 % du trafic passagers du port de Roscoff-Bloscon, soit 367 146 personnes transportées. Ce chiffre reste relativement stable depuis 3 ans, malgré une légère baisse du nombre de ferries (- 3,7 %). Il ressort ainsi que le Brexit et la dévaluation de la livre n’ont jusqu’à présent que peu impacté le trafic passagers de Roscoff. Les trafics plus modestes avec l’Irlande (179 358, + 17,8 %) et Bilbao (1 284, + 10,4 %) progressent plus nettement. Les évolutions de trafics véhicules restent très proches de celles des passagers, quelle que soit la destination (Grande Bretagne, Irlande ou Espagne).

Évolution du trafic du port de Roscoff – Bloscon

201620172018Évolution 18/17
Nombre de passagers520 341517 148547 788+ 5,9 %
  dont Plymouth368 594363 773367 146+ 0,9 %
  dont Irlande (Cork et Rosslare)150 589152 212179 358+ 17,8 %
Tonnage fret (t)473 115457 751458 693+ 0,2 %
  dont ferries (t)405 063382 235398 676+ 4,3 %
  dont cargos (t)68 05275 21660 017–  20,2 %
    – dont amendements marins (t)45 58543 33238 780–  10,5 %
   – dont céréales et alimentation animale (t)18 89029 33021 195–  27,7 %

Source : CCIMBO – Données au 31 décembre 2018

Le trafic marchandises ferries enregistre une progression de 4 %, malgré les incertitudes liées au Brexit. Le nombre de camions suit la même tendance (+ 6 %), avec une forte hausse sur l’Irlande (+ 56 %), mais une baisse sur la Grande-Bretagne (- 3 %).
Le trafic marchandises conventionnel (amendements marins, céréales, charbon, crabes, …) recule de 20 %, en lien avec une réduction du nombre de cargos de 15 %. Tous les postes de trafics sont à la baisse : les entrées d’amendements marins (- 11 %), les céréales et nourritures pour animaux (- 28 %), comme le tonnage de crabes (- 22 %) du fait d’une moindre régularité des débarquements.

Irish Ferries a annoncé la fin de la ligne entre Roscoff et Rosslare (en Irlande) pour 2019. La ligne (83 415 passagers en 2018, + 27 %) aura transporté plus de 1,5 million de passagers depuis sa création en 1995. Le nouveau navire qui va assurer la liaison entre l’Irlande et la France, le W.B. Yeats, prévu pour le port du Bloscon sera donc exploité sur la ligne Dublin-Cherbourg.

Pour l’avenir, les deux ports finistériens doivent faire face à deux inconnues : le flou du Brexit et le renouvellement des concessions portuaires. Pour s’adapter aux conséquences possibles du Brexit, la Région a prévu d’investir 1,8 M€ pour les installations provisoires mises en place pour deux ans (guérites douanes, ou quai de déchargement) pour Roscoff et St Malo. L’autre changement attendu, c’est le renouvellement des concessions et la mise en place d’une nouvelle gouvernance qui regroupera la CCIMBO, la Région et Brest métropole.

7 SEM : Société d’économie mixte

Le port de commerce de Brest

2.8 Mt

1 er

port de commerce breton

+ 16.3 %

hausse du trafic

14

escales paquebots croisière

16172

passagers (+ 36,4 %)

Source : CCIMBO – 2019

Le port de commerce de Roscoff-Bloscon

547788

passagers (+ 5,9 %)

458693 tonnes

de marchandises (+ 0,2 %)

Source : CCIMBO – 2019